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Le droit à la vérité au cœur d’une conférence organisée par la FEMED

1 juin 2026 — disparitions-euromed.org

À l’occasion de la Journée internationale pour le droit à la vérité concernant les violations flagrantes des droits humains et pour la dignité des victimes, le 24 mars, la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (FEMED) a organisé une conférence consacrée aux enjeux politiques, sociaux et juridiques du droit à la vérité.

La soirée s’est ouverte par un mot de bienvenue de Nassera Dutour, présidente de la FEMED et du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA). Rappelant l’importance de ce droit pour les familles de personnes disparues, elle a souligné que la vérité constitue non seulement une exigence de justice, mais aussi une condition essentielle pour la reconnaissance des victimes et la lutte contre l’impunité. Elle a également rappelé que ce droit demeure encore aujourd’hui refusé dans de nombreux contextes, citant notamment la mise sous scellés des locaux du CFDA en Algérie quelques jours auparavant comme une illustration des obstacles persistants à la recherche de la vérité.

Les participants ont ensuite assisté à la projection du documentaire Y’a plus d’Amine, qui retrace la quête de vérité menée par Nassera Dutour à la recherche de son fils Amine, disparu en Algérie en 1997. À travers ce récit intime et profondément personnel, le film met en lumière les conséquences durables de la disparition forcée, l’absence de réponses des autorités et l’attente interminable à laquelle sont confrontées de nombreuses familles de disparu·es.

La conférence a ensuite réuni deux chercheuses spécialistes des questions de mémoire, de violences politiques et de justice transitionnelle : Laetitia Bucaille, professeure de sociologie politique à l’INALCO, et Morgane Jouaret, docteure en sociologie et autrice d’une thèse consacrée aux conflits d’interprétation après la guerre civile algérienne. Les échanges ont permis d’aborder le droit à la vérité à partir d’une approche comparative, en mobilisant notamment les exemples de l’Argentine, de l’Afrique du Sud et de l’Algérie. Les intervenantes ont analysé les différentes réponses apportées aux violences de masse, les tensions entre impératifs de réconciliation et exigences de justice, ainsi que les effets des politiques d’amnistie sur l’accès à la vérité.

La réflexion a été enrichie par deux témoignages particulièrement marquants. Bachir Ben Barka, fils de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka disparu en 1965, est revenu sur les décennies de mobilisation menées par sa famille pour obtenir des réponses sur les circonstances de cette disparition. Son intervention a illustré la persistance des obstacles à l’établissement de la vérité, même plusieurs décennies après les faits. Tiama, parente d’un disparu syrien, a quant à elle partagé son expérience personnelle et celle de nombreuses familles syriennes toujours à la recherche de leurs proches. Son témoignage a rappelé que les disparitions forcées ne relèvent pas uniquement du passé mais demeurent une pratique utilisée dans de nombreux contextes contemporains.

Les discussions ont également mis en évidence le rôle central joué par les familles, les associations et la société civile dans la recherche de la vérité. Face à l’absence ou aux insuffisances des mécanismes institutionnels, ces acteurs développent des stratégies de documentation, de mémoire et de plaidoyer qui permettent de préserver les récits des victimes et de maintenir la revendication de vérité dans l’espace public.

À travers cette conférence, la FEMED a souhaité rappeler que le droit à la vérité est un droit fondamental, reconnu par le droit international, mais encore trop souvent entravé dans la pratique. Alors que les disparitions forcées continuent d’être utilisées dans de nombreuses régions du monde, garantir aux victimes et à leurs proches l’accès à la vérité demeure une exigence essentielle pour la justice, la mémoire et la prévention de nouvelles violations.

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